« Qui donc est Dieu ?» Question qui habite tout homme en recherche, les chrétiens et particulièrement, vous, les catéchumènes qui avez avancé sur votre route vers le baptême, l’eucharistie et la confirmation… « Qui donc est Dieu ?» Dans le livre de l’Exode, Dieu révèle son nom à Moïse.
Troisième dimanche de carême, troisième étape vers Pâques : Les récits du buisson ardent, les enseignements de Saint Paul et l’évangile nous donnent des repères sur notre route vers Pâques, pour un peu mieux nous approcher de Dieu. Moïse rencontre l’Ange du Seigneur dans le buisson ardent, avec une mise en scène extraordinaire. Dieu y révèle son nom, Il voit la misère de son peuple, et Il envoie Moïse en Egypte pour le délivrer de l’esclavage.
Le récit de l’exode que nous venons de lire est grandiose. Moïse, avait fui l’Egypte pour échapper à la colère de Pharaon, car il avait tué un égyptien pour prendre la défense des hébreux traités comme des esclaves. Il faisait paître les troupeaux de son beau-père Jéthro et arriva au pied de l’Horeb, la montagne de Dieu. Et là, apparait un buisson en feu qui brûle sans se consumer. Moïse fit « un détour pour voir cette chose extraordinaire ». Appelé par son nom, Moïse répond « me voici » ; comme vous les catéchumènes, quand vous avez répondu « me voici » à l’appel décisif. Dieu dit : « n’approche pas et retire tes sandales ».
Moïse se voile le visage, car personne ne peut voir Dieu face à face. L’écart est saisissant entre la gloire de Dieu manifestée par ce feu ardent et la pauvreté de
Moïse, pieds nus… pauvreté de l’homme, pauvreté de chacun de nous devant Dieu.
En réponse à la demande de Moïse, Dieu dévoile son nom : « Je suis qui je suis », ou encore « Je suis », ou encore, selon les paroles que Dieu donne à Moïse à l’intention des fils d’Israël : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est le Seigneur, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ».
Dieu est éternellement présent ; nous, nous passons, comme Abraham, Isaac et Jacob. Dieu, Lui, Est ; c’est bien le « Tout Autre ».
Dieu, est le Tout autre et en même temps, Il est proche de l’homme et Il compatit à la souffrance de son peuple « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu ses cris… ». Pour la première fois dans la Bible, le peuple hébreux découvre qu’il est aimé de Dieu, que Dieu n’est pas indifférent aux malheurs des hommes, que Dieu ne surplombe pas l’humanité, insensible à ce qui se passe sur terre ! Dieu aime les hommes. C’est sur cette conviction qu’a pu se vivre l’alliance de Dieu avec les hommes, que s’est bâtie la foi du peuple hébreux et notre foi de chrétiens. Ce Dieu proche de l’homme, ce Dieu qui «pardonne toutes les offenses, …fait œuvre de justice, défend le droit des opprimés… » nous dit le psaume. Et pour nous chrétiens, Dieu s’est révélé en Jésus. Il prend sur Lui la souffrance des hommes jusqu’au supplice de la croix. En ces temps troublés, Dieu n’est pas ailleurs. Il est, ici et maintenant, présent au cœur de la vie des hommes. C’est la spécificité de la foi chrétienne, et du
mystère de l’incarnation : Dieu partage notre vie et la vie de l’humanité dans son ensemble, aussi bien dans ses joies que dans ses malheurs. En ces temps incertains, notre rocher, dit Saint Paul, c’est le Christ. Il nous permet de tenir bon et de ne pas désespérer. C’est lui, la source qui nous fait vivre.
Dieu ne se contente pas de voir la souffrance et la misère. Il intervient pour libérer son peuple de l’esclavage, il envoie Moïse pour faire sortir le peuple d’Egypte. Dieu a besoin des hommes et les envoie en mission. Dans notre monde miné par les guerres et les injustices, nous sommes, comme Moïse, envoyés pour combattre toutes les formes d’esclavage et pour construire un monde de justice et de paix. L’Evangile de ce jour nous enseigne l’urgence à reconsidérer nos modes de vie : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous… ». Alors que notre terre est en péril, il y a nécessité de revoir nos comportements individuels
et collectifs pour sauvegarder la maison commune, pour bâtir un avenir heureux.
C’est tout le sens de l’encyclique « Laudato Si » du pape François. Je cite : « Il y a urgence à protéger l’homme de sa propre destruction » « (§78). En ce temps de carême, à la suite du Christ, libérons-nous de nos égoïsmes, devenons des semeurs de justice et de paix. C’est un travail de longue haleine, ne désespérons pas. Prenons exemple sur Moïse qui a conduit pendant 40 ans son peuple à travers
le désert, en surmontant les crises et les infidélités à l’Alliance conclue avec Dieu.
Voilà donc un Dieu bien présent à notre vie : le « Tout autre » que l’on approche avec respect est, en même temps, le « Tout proche » qui voit la misère de son peuple et veut le libérer. Dieu s’est manifesté à Moïse dans le buisson ardent et par sa parole. Quelle grâce de ressentir la présence de Dieu lors de moments privilégiés (retraites, pèlerinages, évènements personnels ou
communautaires) ! Présence de Dieu tel un feu qui illumine notre vie, éclaire, est source de joie, de paix et d’harmonie. Le feu de Dieu ne détruit pas, mais il donne sens à nos vies. Quelle grâce d’être touché par la parole de Dieu, par telle phrase d’Evangile qui s’est inscrite au plus profond de notre cœur ? Quel bonheur de faire la même expérience que les disciples d’Emmaüs, qui « se disent l’un à l’autre : Notre cœur n’était-il pas tout brulant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les Ecritures ». Heureux sommes-nous si nous avons été ainsi illuminés, si nous avons rejoint le cœur du Christ, heureux
sommes-nous, « car là se trouve l’origine de notre Foi, la source qui donne vie aux convictions chrétiennes, » nous dit le Pape François dans son encyclique « Il nous a tant aimé ».
Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?
Yves Michonneau, diacre